Jouer un rôle dans sa sexualité : quand le masque devient trop lourd
« Je me sens comme une personne délurée sexuellement ; parfois, je me demande si je ne joue pas un rôle pour “garder mon homme”. » – Elena, 28 ans
Cette question, posée avec honnêteté et vulnérabilité, est loin d’être isolée. Beaucoup de personnes s’interrogent un jour sur leur place dans la sexualité du couple, sur ce qu’elles montrent, donnent, taisent ou surjouent. Derrière cette inquiétude se cache une problématique centrale : le port de masques dans l’intimité.
Nous portons tous des masques… et c’est humain
Dans nos vies sociales, nous adaptons constamment nos comportements :
au travail,
en famille,
entre ami·es,
et bien sûr, en couple.
Ce n’est ni un mensonge ni une manipulation, mais une compétence sociale. Nous savons, plus ou moins consciemment, quel rôle est attendu dans chaque espace. Il serait d’ailleurs inapproprié de confondre ces sphères : on ne s’adresse pas à son ou sa partenaire comme à un collègue, ni à sa famille comme à son cercle intime.
Cependant, il existe un lieu particulier où ces masques peuvent — et idéalement devraient — tomber : l’intimité du couple.
L’intimité comme espace de dévoilement
L’intimité repose sur une idée fondamentale :
« Je te choisis parce que j’ai confiance en toi, et je me permets de te montrer qui je suis, y compris dans ma sexualité. »
Mais cette sexualité que l’on dévoile n’est pas neutre. Elle est elle aussi construite par :
l’éducation reçue,
les normes culturelles,
les représentations médiatiques,
les injonctions de genre.
Par exemple, l’idée — encore très présente — qu’une femme devrait être sexuellement disponible, performante ou « délurée » pour “garder son partenaire”, tout en remplissant d’autres rôles attendus (prendre soin, nourrir, rassurer).
Sexualité et injonctions sociales : un héritage pesant
Nombre de personnes donnent à l’autre ce qu’elles pensent être attendu, parfois au détriment de leurs propres envies, limites ou rythmes.
Ce mécanisme est fréquent en consultation :
se forcer à aimer certaines pratiques,
taire ses inconforts,
jouer un personnage sexuel éloigné de soi.
À court terme, cela peut sembler protecteur. À long terme, le risque est réel : se perdre, se déconnecter de son désir, voire ressentir une fatigue émotionnelle ou sexuelle.
Montrer son “vrai visage” sexuel : un chemin, pas une obligation
Se libérer des injonctions sociales ne signifie pas tout dire ou tout faire. Cela signifie se poser la question :
Est-ce que ce que je fais me ressemble ?
Est-ce que j’agis par désir ou par peur de perdre l’autre ?
Cette réflexion est déjà un premier pas vers une sexualité plus ajustée, plus respectueuse de soi. Il est souvent plus simple de guider l’autre vers ce que l’on souhaite que de deviner ce qu’il ou elle attend. Proposer plutôt que se conformer.
Cela suppose une éducation sexuelle continue, tournée vers :
la connaissance de soi,
la communication,
le consentement,
et la légitimité de ses désirs… comme de ses non-désirs.
FAQ
Est-ce normal de jouer un rôle dans sa sexualité ?
Oui. C’est fréquent et humain. La question n’est pas tant de jouer un rôle que de savoir s’il vous coûte ou s’il vous empêche d’être vous-même.
Pourquoi ai-je l’impression de devoir satisfaire l’autre sexuellement ?
Cette impression est souvent liée à des normes sociales ou éducatives qui associent la valeur affective ou relationnelle à la performance sexuelle.
Comment savoir si je suis fidèle à mon désir ?
Interrogez-vous sur votre ressenti après coup : vous sentez-vous nourri·e, apaisé·e, ou vidé·e et contraint·e ?
Peut-on changer de sexualité au cours d’une relation ?
Oui. La sexualité évolue avec le temps, les expériences et la connaissance de soi. Elle n’est jamais figée.
Faut-il consulter si l’on se sent perdu·e sexuellement ?
Un accompagnement peut aider à clarifier ses désirs, poser des mots et sortir de la culpabilité ou des injonctions.