Littérature érotique

Écrire l’érotisme en secret : honte, fantasmes et regard social

 

« Je suis un homme de 62 ans et j’écris, sans publier, de la littérature érotique. J’en ai honte et j’ai peur que ma femme tombe sur mes carnets.» 

Cette confidence soulève une question délicate, intime et pourtant très répandue : que dit de nous le fait d’écrire — ou de penser — le sexe ?
Et surtout : à partir de quand une pratique intime devient-elle inquiétante… ou stigmatisée ?

La honte autour de l’érotisme : un héritage culturel

La honte sexuelle ne naît pas spontanément. Elle est le produit :

  • de normes sociales,

  • d’une morale intériorisée,

  • d’un regard extérieur anticipé.

Dans de nombreuses cultures occidentales, la sexualité reste tolérée tant qu’elle est discrète, conforme et silencieuse, surtout avec l’âge. Lorsqu’un homme de 62 ans écrit de l’érotisme, il transgresse plusieurs attentes implicites :

  • celle d’une sexualité supposée s’éteindre avec le temps,

  • celle d’un désir masculin qui devrait rester simple, conjugal, mesuré,

  • celle d’une créativité sexuelle réservée à la jeunesse ou à l’art « légitime ».

Littérature érotique : un genre pluriel, loin des clichés

Lors d’une rencontre en librairie, une autrice de littérature érotique évoquait la pauvreté des récits imposés par certains éditeurs : scénarios stéréotypés, fantasmes normés, absence de diversité, injonctions marchandes.

Pourtant, la littérature érotique ne se résume pas à ces formats.
Elle peut être :

  • inclusive,

  • féministe,

  • respectueuse du consentement,

  • exempte de violence,

  • attentive à la dignité des personnages.

Comme tout genre littéraire, elle est traversée par des courants très différents. Lire ou écrire de l’érotisme n’a pas une seule signification morale ou psychologique.

L’intention comme boussole éthique

Ce qui fait la différence, ce n’est pas tant le contenu explicite que l’intention qui le porte :

  • Les personnages sont-ils respectés ?

  • Le désir est-il réciproque ?

  • Les corps sont-ils sujets ou objets ?

  • La sexualité décrite renforce-t-elle ou dégrade-t-elle l’image humaine ?

Ces questions ne visent pas à censurer, mais à relire avec de nouvelles lunettes. Elles permettent d’interroger ce que l’on met en scène — et pourquoi.

Écrire le sexe : une question d’âge, de genre… ou de regard ?

Écrire l’érotisme est-il perçu différemment selon que l’on soit :

  • une femme,

  • un homme,

  • une personne jeune,

  • une personne de 62 ans ?

La réponse est clairement oui — socialement.
Mais cela ne signifie pas que ces différences aient une valeur morale ou clinique. Elles traduisent surtout nos représentations collectives du désir, du vieillissement et du genre.

Qualifier une personne de « perverse » sur la seule base de ses écrits intimes serait hasardeux et dangereux. Les pensées, les fantasmes et l’imaginaire ne sont pas des actes.

Un premier pas : relire sans se juger

Si une inquiétude persiste, une proposition simple peut servir de point de départ :

Si une personne lisait ce que j’écris, se sentirait-elle dénigrée, humiliée ou niée ?

Cette question ne donne pas une réponse définitive.
Mais elle ouvre un espace de réflexion, loin de la culpabilité immédiate.

Écrire, relire, questionner. Puis, éventuellement, en parler.

FAQ

Est-ce normal d’écrire de la littérature érotique en étant marié ?

Oui. L’écriture érotique relève de l’imaginaire et de la créativité. Elle n’implique pas nécessairement un passage à l’acte ou une insatisfaction conjugale.

Il n’existe aucun consensus scientifique permettant d’affirmer cela. Les fantasmes ne sont pas des comportements.

Non. Le désir et l’imaginaire sexuel peuvent exister à tout âge. Ce sont surtout les normes sociales qui varient.

Le secret peut être protecteur ou pesant. Ce n’est pas le secret en soi qui pose question, mais la souffrance qu’il peut engendrer.

Oui, lorsqu’elle respecte le consentement, la dignité et l’intégrité des personnes et des personnages.

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