Nuances croisées - Episode 4
Avec Lirjeta Maxhuni
Quand elle m’a parlé de son projet GynéCare, j’ai immédiatement compris qu’il ne s’agissait pas simplement d’un vêtement médical.
Derrière cette blouse, il y a des questions beaucoup plus larges : la pudeur, la vulnérabilité, la santé des femmes, le rapport au corps, les violences gynécologiques, mais aussi la manière dont le design peut transformer notre expérience du soin.
Chaque 14 du mois, je vous retrouve dans mon podcast Parlons Culture pour ouvrir des discussions autour du corps, de la sexualité, du soin et de tout ce qui touche à notre rapport à l’intime.
Dans cet épisode, j’ai eu le plaisir d’échanger avec Lirjeta Maxhuni, jeune designer formée à l’ECAL de Lausanne, qui développe depuis plusieurs années un projet aussi simple qu’innovant : une blouse gynécologique pensée pour améliorer l’expérience des patientes pendant les consultations.
Norah Lounas : sexologue clinicienne et créatrice du podcast
Sexologue clinicienne basée à Genève, j’accompagne depuis plusieurs années des personnes et des couples autour des questions de sexualité, d’intimité et de rapport au corps.
Dans ses consultations comme dans mon podcast, j’explore les liens entre sexualité, émotions, éducation et santé corporelle.
Vous êtes un particulier et ce sujet résonne avec votre histoire ou vos questionnements ?
N’hésitez pas à prendre rendez-vous pour une consultation individuelle et trouver un espace pour parler en toute sécurité.
À propos de Lirjeta Maxhuni
Designer industrielle suisse formée à l’ECAL de Lausanne, Lirjeta Maxhuni développe depuis 2022 le projet GynéCare+, une blouse gynécologique pensée pour améliorer l’intimité et réduire le sentiment de vulnérabilité pendant les examens médicaux.
Son travail interroge les liens entre le corps, les objets et l’expérience du soin, avec une approche profondément humaine et sociale du design. Son projet de diplôme a notamment été présenté à la Milan Design Week ainsi qu’à la Dutch Design Week, et a reçu plusieurs soutiens et distinctions en Suisse.
Aujourd’hui, elle poursuit le développement de GynéCare+ tout en suivant une formation à la HEP de Lausanne afin d’enseigner les arts visuels.
Pourquoi certaines femmes repoussent leurs rendez-vous gynécologiques
Pendant notre échange, un constat est rapidement revenu : beaucoup de femmes retardent leurs consultations gynécologiques.
Certaines patientes expliquent repousser leurs rendez-vous le plus longtemps possible. D’autres préfèrent chercher seules des réponses sur Internet plutôt que de vivre l’inconfort d’un examen gynécologique.
Ce qui est intéressant dans le travail de Lirjeta Maxhuni, c’est qu’elle ne s’est pas arrêtée uniquement à l’acte médical lui-même. Elle s’est interrogée sur tout ce qui entoure la consultation :
- la nudité imposée ;
- la gêne ;
- les complexes corporels ;
- la sensation d’exposition ;
- le manque d’intimité ;
- le stress ressenti avant même le rendez-vous.
Et c’est précisément là qu’est née l’idée de GynéCare.
Une blouse gynécologique pensée autrement
Au départ, Lirjeta travaillait sur les liens entre le corps et les objets dans le domaine médical. Inspirée notamment par le film Faux-semblants de David Cronenberg, elle s’intéressait d’abord aux instruments gynécologiques avant de réaliser qu’un autre problème existait : l’absence de tenue réellement pensée pour les consultations gynécologiques.
Aujourd’hui, sa blouse est conçue pour :
- préserver un maximum l’intimité des patientes ;
- limiter l’exposition du corps aux seules zones nécessaires ;
- faciliter le travail des professionnel·les de santé ;
- améliorer le confort émotionnel pendant l’examen.
La tenue fonctionne grâce à différentes ouvertures discrètes maintenues par de petits aimants intégrés dans le tissu. Cela permet d’ouvrir uniquement les parties nécessaires selon le type de consultation.
Ce que j’ai trouvé particulièrement intéressant dans notre échange, c’est que cette blouse n’empêche pas l’examen médical. Elle vient remettre de la douceur dans un moment que beaucoup de femmes vivent comme inconfortable.
La pudeur ne concerne pas uniquement les parties intimes
L’un des points marquants des questionnaires réalisés par Lirjeta concerne les zones du corps que les patientes souhaitent parfois cacher.
Au départ, elle pensait que la gêne concernait principalement les organes génitaux. Mais les réponses ont montré quelque chose de beaucoup plus large.
Certaines femmes évoquent :
- le ventre ;
- les cuisses ;
- les hanches ;
- la poitrine ;
- les bras ;
- la pilosité ;
- des cicatrices ;
- des marques corporelles ;
- des complexes physiques ;
- ou simplement certaines parties qu’elles considèrent comme intimes.
Cela rappelle une réalité essentielle : une consultation gynécologique n’est jamais vécue de manière totalement neutre.
Quand la pudeur devient un enjeu de santé
Dans cet épisode, nous avons aussi parlé d’un sujet fondamental : la prévention.
Car derrière la gêne ou le stress liés aux consultations gynécologiques, il y a parfois des conséquences sur le suivi médical.
Lorsque certaines femmes repoussent leurs rendez-vous pendant plusieurs années, cela peut retarder :
- des diagnostics ;
- des dépistages ;
- des prises en charge médicales importantes.
C’est aussi pour cela que ce projet m’a semblé particulièrement intéressant. Il ne parle pas uniquement de confort, mais aussi d’accès aux soins et de santé publique.




Une réflexion autour des violences gynécologiques et du sentiment de vulnérabilité
Pendant notre échange, nous avons également abordé la question des violences gynécologiques et du sentiment de vulnérabilité que certaines patientes peuvent ressentir pendant un examen.
La blouse GynéCare n’est évidemment pas une protection contre les violences. Mais elle agit comme une barrière symbolique qui rappelle une chose importante : la nudité médicale mérite elle aussi d’être pensée avec respect.
Ce projet ouvre aussi un espace de parole autour de sujets encore trop souvent considérés comme tabous dans le domaine médical.
Des professionnel·les de santé déjà intéressé·es par le projet
Contrairement à certaines idées reçues, plusieurs gynécologues rencontrés par Lirjeta Maxhuni se montrent très favorables au projet.
Beaucoup lui ont expliqué avoir déjà réfléchi à des solutions pour améliorer le confort des patientes, sans forcément savoir comment les mettre en place concrètement.
Aujourd’hui, une trentaine de prototypes ont été fabriqués afin de mener les phases de test dans différents cabinets et institutions médicales en Suisse romande.
Ces tests permettent de recueillir :
- le ressenti des patientes ;
- les besoins des professionnel·les ;
- les ajustements techniques nécessaires avant une éventuelle production à plus grande échelle.
Un projet qui pourrait aller bien au-delà de la gynécologie
Au fil de notre discussion, une question revenait souvent dans mon esprit : pourquoi cette réflexion ne concernerait-elle que la gynécologie ?
La maternité, les centres de fertilité, certains parcours médicaux liés au handicap ou encore d’autres spécialités pourraient eux aussi bénéficier d’une réflexion autour de l’intimité et du confort des patient·es.
Finalement, GynéCare pose une question beaucoup plus large :
Pourquoi le design médical s’est-il si peu intéressé à l’expérience émotionnelle des patient·es ?
Ce que je retiens de cette rencontre
Ce que j’ai aimé dans le projet de Lirjeta Maxhuni, c’est sa douceur.
On sent derrière cette blouse une véritable réflexion autour du respect, de l’intimité et du vécu émotionnel des patientes.
Dans le domaine médical, nous parlons souvent d’efficacité, de protocoles ou de technique. Mais nous oublions parfois qu’un soin passe aussi par le sentiment de sécurité et la manière dont une personne vit son propre corps pendant une consultation.
Et parfois, un simple objet peut déjà changer beaucoup de choses.
FAQ
Qu’est-ce que GynéCare ?
GynéCare est une blouse gynécologique imaginée par Lirjeta Maxhuni afin d’améliorer l’intimité et le confort des patientes pendant les consultations gynécologiques.
Pourquoi cette blouse a-t-elle été créée ?
Le projet est né du constat que certaines femmes repoussent leurs rendez-vous gynécologiques à cause du stress, de la gêne ou du sentiment de vulnérabilité lié à la nudité pendant l’examen.
Comment fonctionne la blouse gynécologique ?
La blouse possède différentes ouvertures discrètes maintenues par des aimants intégrés dans le tissu afin de permettre l’examen médical tout en limitant l’exposition du corps.
La blouse est-elle jetable ?
Non. Le projet actuel repose sur une blouse réutilisable et lavable en coton.
Des gynécologues utilisent-ils déjà cette blouse ?
Des phases de test sont actuellement en cours dans plusieurs cabinets et institutions médicales en Suisse romande grâce à une trentaine de prototypes fabriqués pour le projet.
Peut-on acheter la blouse GynéCare ?
Pas encore officiellement. Une commercialisation destinée aux institutions médicales et potentiellement aux particuliers est envisagée.
Le projet concerne-t-il uniquement la gynécologie ?
Non. Le projet pourrait également intéresser d’autres domaines médicaux comme la maternité, les centres de fertilité ou certains parcours de soins où la question de l’intimité est importante.
Suivre le projet GynéCare
Pour découvrir l’évolution du projet GynéCare, suivre les phases de test ou en apprendre davantage sur la démarche de Lirjeta Maxhuni, vous pouvez consulter :
- le site officiel : GynéCare
- le compte Instagram du projet : @gyne.careplus
Les professionnel·les de santé, institutions médicales ou structures intéressées par le projet peuvent également prendre contact directement avec elle via ces plateformes.
Vous êtes professionnel·le de santé, thérapeute ou éducateur·rice ?
Si vous êtes professionnel·le et que vous souhaitez approfondir ces aspects avec vos patient·es, je propose des séances de supervision en sexualité.