Sexualité virtuelle et addiction
« Est-ce que je peux être addict à autre chose qu’au porno ou au sexe ? Je crois que je suis addict à la sexualité virtuelle.
C’est possible ?»
La pornographie n’est pas la seule forme de sexualité pouvant devenir problématique. Certaines personnes ont le sentiment de ne plus contrôler leurs échanges sexuels en ligne, leurs conversations avec des inconnu·es ou leurs recherches permanentes de nouvelles rencontres.
Alors, peut-on réellement parler d’addiction à la sexualité virtuelle ?
La réponse mérite d’être nuancée. Ce n’est pas uniquement la fréquence d’utilisation d’une application, le nombre de messages échangés ou le fait d’avoir une sexualité en ligne qui permet de parler d’addiction. Ce qui compte, c’est la place que ce comportement prend dans la vie et surtout la capacité à le contrôler.
Qu’est-ce qu’une addiction ?
Une addiction se caractérise par une difficulté, voire une impossibilité, à contrôler un comportement malgré ses conséquences négatives.
Progressivement, ce comportement peut prendre une place de plus en plus importante dans la vie quotidienne. Il devient difficile de s’en détourner, même lorsque la personne constate qu’il lui pose des problèmes.
Dans le domaine de la sexualité, on pense souvent immédiatement à la dépendance à la pornographie. Pourtant, les comportements concernés peuvent être beaucoup plus variés.
Dans ma pratique, j’ai rencontré des situations très différentes. Certaines personnes sont dépendantes à la pornographie. D’autres multiplient les échanges sexuels avec des personnes inconnues, des personnes qu’elles connaissent ou encore des ex-partenaires.
Les outils numériques peuvent alors devenir le support de cette recherche permanente d’échanges : Instagram, les sites de rencontres, les messageries ou encore certaines applications qui, à l’origine, n’ont rien de sexuel.
J’ai notamment accompagné un patient qui avait près de 700 contacts avec des femmes.
Le chiffre, à lui seul, ne permet évidemment pas de poser un diagnostic. Ce qui interroge, c’est ce que représente cette recherche permanente de contacts pour la personne et la place qu’elle occupe dans sa vie.
Quand la sexualité virtuelle devient-elle problématique ?
Avoir des échanges sexuels en ligne ou utiliser des applications de rencontres ne signifie donc pas nécessairement être addict.
La question peut plutôt être : est-ce que je contrôle encore ce comportement ?
Une sexualité virtuelle peut devenir problématique lorsqu’elle prend progressivement une place importante et qu’il devient difficile de s’en éloigner malgré les conséquences qu’elle peut entraîner.
Certaines personnes savent que leurs comportements leur posent problème mais continuent pourtant à rechercher ces échanges. Elles peuvent essayer d’arrêter, de limiter leur utilisation ou de supprimer certaines applications, avant de recommencer.
Le comportement peut alors devenir répétitif et difficile à maîtriser.
Il peut également rester longtemps caché. Le secret, la honte et la mauvaise estime de soi peuvent alors alimenter le phénomène.
Pourquoi rechercher constamment des échanges sexuels en ligne ?
Derrière une recherche permanente d’échanges sexuels, il peut y avoir, comme dans d’autres comportements addictifs, une tentative de régulation des émotions.
La sexualité virtuelle peut ainsi être utilisée pour :
- calmer une angoisse ;
- lutter contre l’ennui ;
- atténuer un sentiment de solitude ;
- gérer une frustration ;
- rechercher de l’excitation ;
- éviter de penser à certaines choses.
Dans ce cas, l’échange sexuel ne constitue pas uniquement une recherche de plaisir sexuel. Il peut aussi devenir une manière de modifier rapidement son état émotionnel.
C’est notamment pour cette raison que la question « comment arrêter ? » n’est pas toujours suffisante.
Il peut être intéressant de comprendre ce que le comportement permet de faire ou d’éviter.
Que se passe-t-il juste avant que je cherche quelqu’un avec qui échanger ? Quelle émotion est présente ? Qu’est-ce que je ressens lorsque je n’ai plus accès à ces échanges ? Qu’est-ce que cette sexualité virtuelle vient apaiser, remplir ou provoquer ?
Ces questions peuvent permettre de mieux comprendre le fonctionnement du comportement.
Sexualité virtuelle, rencontres en ligne et applications : tout peut devenir un support
La sexualité virtuelle ne se limite pas aux sites pornographiques.
Les échanges peuvent passer par des applications de rencontres, des réseaux sociaux ou des messageries. Certaines applications peuvent même être détournées de leur fonction initiale.
Dans ma pratique, j’ai ainsi rencontré des situations dans lesquelles des échanges sexuels se développaient sur des applications qui n’avaient pas été conçues pour cela, notamment des applications d’apprentissage des langues.
Le numérique facilite la multiplication des contacts. Il permet de rencontrer rapidement de nouvelles personnes, de maintenir plusieurs conversations en parallèle et de rechercher en permanence de nouveaux échanges.
Cette facilité d’accès peut rendre le comportement particulièrement envahissant lorsque la personne a déjà des difficultés à le contrôler.
Le secret et la honte peuvent entretenir le comportement
Ces pratiques sont souvent cachées.
La personne peut avoir conscience que ses échanges dépassent ce qu’elle considère elle-même comme acceptable. Elle peut alors dissimuler ses conversations, effacer des messages ou cacher certaines applications.
Ce secret peut être accompagné de honte.
Et cette honte peut à son tour renforcer la mauvaise estime de soi. La personne peut se sentir incapable de contrôler son comportement, se dévaloriser et continuer malgré tout à rechercher ces échanges pour apaiser les émotions difficiles.
Un cercle peut alors s’installer.
Le comportement procure quelque chose à court terme, mais peut provoquer ensuite de la culpabilité, de la honte ou des difficultés relationnelles. Ces émotions peuvent elles-mêmes conduire à rechercher de nouveau le comportement.
Quand la sexualité virtuelle touche le couple
Très souvent, les personnes arrivent en consultation après la découverte des échanges par leur partenaire.
La découverte peut alors provoquer une crise dans le couple, particulièrement lorsque les échanges ont été maintenus secrets.
Pour le ou la partenaire, il peut être difficile de comprendre la répétition de ces comportements ou de savoir comment les interpréter.
Pour la personne concernée, la découverte peut également provoquer une importante remise en question.
La question de l’addiction ne permet pas à elle seule de résoudre ce qui se joue dans le couple. Mais comprendre le fonctionnement du comportement peut constituer une étape pour sortir du secret et réfléchir à ce qui se passe réellement.
Attention aux arnaques sentimentales et à la sextorsion
La sexualité virtuelle comporte également d’autres risques.
Certaines personnes rencontrées en ligne peuvent être des professionnel·les de l’arnaque sentimentale. Elles peuvent être installé·es à l’autre bout du monde et créer progressivement l’illusion d’une relation affective ou sexuelle.
Une relation se construit alors à distance avant qu’une demande d’argent apparaisse.
Il existe également un risque de sextorsion, lorsque des contenus ou des échanges à caractère sexuel sont utilisés pour exercer une pression ou obtenir quelque chose de la victime.
Ces situations montrent qu’une sexualité virtuelle problématique ne concerne pas uniquement la question de l’addiction. La multiplication des échanges et la recherche permanente de nouvelles personnes peuvent aussi exposer à des situations de manipulation ou d’escroquerie.
Alors, comment savoir si je suis addict à la sexualité virtuelle ?
Il n’existe pas un nombre précis de messages, de contacts ou d’heures passées en ligne à partir duquel on pourrait dire qu’une personne est addict.
La question porte davantage sur le contrôle du comportement et sur ses conséquences.
Vous pouvez notamment vous interroger sur plusieurs éléments :
- Est-ce que je cherche à réduire ou arrêter ces échanges sans y parvenir ?
- Est-ce que ces comportements prennent de plus en plus de place dans ma vie ?
- Est-ce que je continue malgré leurs conséquences négatives ?
- Est-ce que j’utilise ces échanges pour calmer une émotion ou éviter une situation difficile ?
- Est-ce que je cache ces comportements à mon entourage ou à mon ou ma partenaire ?
- Est-ce que je ressens de la honte ou une mauvaise estime de moi après ces comportements ?
Ces questions ne permettent pas, à elles seules, de poser un diagnostic. Elles peuvent en revanche aider à identifier une difficulté et à décider d’en parler.
Faut-il forcément arrêter la sexualité virtuelle ?
La question n’est peut-être pas seulement de savoir comment arrêter.
Lorsque la sexualité virtuelle est devenue difficile à contrôler, comprendre ce qu’elle apporte à la personne peut être tout aussi important.
Chercher à supprimer uniquement le comportement sans comprendre ce qui le déclenche peut laisser intact ce qui se trouve derrière : une angoisse, de l’ennui, de la solitude, une frustration, un besoin d’excitation ou encore le besoin de ne penser à rien.
C’est pourquoi un accompagnement peut permettre de mettre des mots sur ce qui se joue et de comprendre progressivement le fonctionnement du comportement.
Alors oui, votre sexualité virtuelle peut devenir problématique. Et si vous avez le sentiment de ne plus pouvoir la contrôler, la question n’est peut-être pas seulement de savoir comment l’arrêter, mais aussi de comprendre à quoi elle vous sert.
FAQ : les questions fréquentes sur l’addiction à la sexualité virtuelle
Peut-on être addict à la sexualité virtuelle ?
Oui, une sexualité virtuelle peut devenir problématique lorsqu’elle devient difficile, voire impossible, à contrôler malgré ses conséquences négatives et qu’elle prend une place de plus en plus importante dans la vie quotidienne.
Peut-on être addict aux échanges sexuels sans regarder de porno ?
Oui. La dépendance ne concerne pas uniquement la pornographie. Certaines personnes multiplient les échanges sexuels avec des inconnu·es, des personnes qu’elles connaissent ou des ex-partenaires.
Peut-on être addict aux rencontres en ligne ?
Les sites et applications de rencontres peuvent devenir le support d’un comportement problématique lorsque la recherche de nouveaux contacts devient difficile à contrôler et prend une place importante dans la vie.
Combien de contacts faut-il avoir pour parler d’addiction ?
Il n’existe pas de nombre précis de contacts permettant de déterminer une addiction. Le nombre de personnes avec lesquelles on échange ne suffit pas à lui seul. C’est surtout la perte de contrôle, la place prise par le comportement et ses conséquences qui sont à considérer.
Pourquoi est-ce que je recherche constamment de nouveaux échanges sexuels ?
Cette recherche peut notamment être liée à une tentative de régulation des émotions. Elle peut permettre de calmer une angoisse, l’ennui, la solitude ou une frustration, mais aussi de rechercher de l’excitation ou d’éviter de penser à certaines choses.
Qu’est-ce que la sextorsion ?
La sextorsion désigne une situation dans laquelle une personne utilise des contenus ou échanges à caractère sexuel pour exercer une pression sur quelqu’un. La sexualité virtuelle peut exposer à ce type de risque, notamment lors de rencontres avec des personnes inconnues.