Sexualité masculine : faut-il vraiment sortir de la performance ?
« Je refuse d’être un homme avec une sexualité de performance, mais j’ai l’impression que les femmes n’apprécient pas ma manière de faire.»
Derrière cette question se trouve une difficulté que je rencontre régulièrement : comment se défaire des injonctions liées à la performance sexuelle tout en construisant une sexualité qui convienne également à l’autre ?
Parce que déconstruire les attentes liées à la sexualité masculine ne signifie pas que nos partenaires ont fait le même chemin. Et surtout, cela ne signifie pas qu’elles souhaitent nécessairement déconstruire les leurs.
La sexualité se vit rarement seul·e. Elle se pense individuellement, mais dès qu’elle est partagée, elle se construit avec l’autre.
Qu’est-ce qu’une sexualité masculine « performante » ?
Se défaire de l’idée d’une sexualité performante est une déconstruction permanente.
Derrière la performance sexuelle se cachent en effet beaucoup de choses apprises. Des représentations de ce que serait un « vrai homme », de ce que devrait être une sexualité masculine réussie ou encore de ce qu’un homme serait censé apporter à sa partenaire.
La performance peut ainsi être associée à plusieurs attentes :
- avoir une bonne érection ;
- maintenir une pénétration suffisamment longue ;
- parvenir à donner un orgasme à l’autre ;
- être capable de « réussir » son rapport sexuel ;
- correspondre à une certaine image de la masculinité.
Ces attentes peuvent sembler évidentes parce qu’elles sont profondément intégrées à nos représentations de la sexualité.
Mais d’où viennent-elles ?
Et surtout, sont-elles réellement partagées par toutes les personnes qui vivent une sexualité ?
Qu’est-ce qu’être un homme dans la sexualité ?
La question de la performance sexuelle renvoie finalement à une question beaucoup plus large : qu’est-ce qu’être un homme ?
Et, dans le même mouvement : qu’est-ce qu’être une femme ?
Les représentations de la masculinité et de la féminité influencent encore largement notre manière de penser la sexualité.
L’homme devrait savoir faire. Il devrait être à l’aise avec son corps, avoir une érection, savoir pénétrer, tenir suffisamment longtemps et conduire sa partenaire vers l’orgasme.
Ces attentes peuvent transformer la sexualité en une succession d’objectifs à atteindre.
Or, une sexualité débarrassée de la performance ne consiste pas simplement à décider que ces objectifs n’existent plus.
La déconstruction commence par soi-même.
Mais dès que la sexualité se partage, elle se construit avec l’autre.
Vous avez déconstruit certaines attentes, mais votre partenaire aussi ?
C’est peut-être là que se situe la difficulté.
Vous avez pu remettre en question certaines injonctions liées à la sexualité masculine. Vous avez peut-être décidé de ne plus considérer l’érection, la pénétration ou l’orgasme comme des indicateurs de réussite.
Mais cela ne signifie pas que vos partenaires ont déconstruit les mêmes attentes.
Et cela ne signifie pas non plus qu’elles souhaitent les déconstruire.
Nous pouvons donc nous retrouver face à un décalage.
D’un côté, une personne qui souhaite sortir d’une sexualité centrée sur la performance. De l’autre, une partenaire qui peut avoir ses propres attentes, ses propres représentations et sa propre manière d’envisager un rapport sexuel.
Il ne s’agit pas de savoir qui a raison.
Il s’agit de comprendre que deux personnes peuvent arriver dans un moment intime avec des attentes différentes.
Pourquoi parle-t-on si peu de ce que l’on attend d’un rapport sexuel ?
Je suis toujours surprise de constater comment les personnes peuvent unir leurs corps — et ce n’est pas rien — sans avoir parlé de ce qu’elles attendent de ce moment.
Nous pouvons parfois beaucoup parler de sexualité en théorie et très peu avec la personne avec laquelle nous allons réellement la partager.
Que souhaitons-nous vivre ?
Ce qui nous plaît ?
Qu’est-ce que nous n’avons pas envie de faire ?
Qu’attendons-nous de ce moment ?
Qu’est-ce que l’autre imagine de son côté ?
Même dans une relation éphémère, quelques mots peuvent éviter de découvrir après coup que l’autre attendait quelque chose que vous ne souhaitiez pas offrir.
Ou inversement.
Parler de sexualité ne casse pas le désir
Parler de ses attentes peut parfois sembler peu spontané.
Certaines personnes peuvent avoir peur de trop intellectualiser la sexualité ou de casser le moment en mettant des mots sur leurs envies.
Pourtant, quelques mots peuvent permettre de mieux comprendre ce que l’autre souhaite vivre.
La communication ne signifie pas nécessairement établir un programme ou tout prévoir à l’avance.
Elle peut simplement permettre de faire connaissance avec les attentes de l’autre.
Parce qu’une sexualité partagée implique deux personnes.
Et ces deux personnes ne sont pas obligées d’avoir les mêmes envies, les mêmes représentations ou les mêmes attentes.
Et si la question n’était pas : « Est-ce que les femmes apprécient ma manière de faire ? »
La formulation de départ est intéressante : « J’ai l’impression que les femmes n’apprécient pas ma manière de faire. »
Mais cette question suppose presque qu’il existerait une manière de faire qui conviendrait aux femmes en général.
Or, peut-on réellement parler d’une attente féminine universelle ?
Peut-on définir à l’avance ce qu’une femme devrait apprécier dans sa sexualité ?Considérer que toutes les femmes recherchent la même chose dans un rapport sexuel ?
La question pourrait alors être déplacée.
Il ne s’agit peut-être pas de savoir si les femmes apprécient votre manière de faire.
Il s’agit plutôt de savoir si cette femme-là et vous avez envie de construire la même sexualité.
Cette différence est essentielle.
Il n’existe pas une sexualité féminine unique. Il n’existe pas non plus une sexualité masculine unique.
Il existe des personnes, avec leurs envies, leurs limites, leurs représentations et leurs histoires.
Construire une sexualité avec l’autre
Sortir de la performance ne signifie donc pas faire abstraction des attentes de l’autre.
Au contraire.
Une sexualité qui se construit à deux nécessite de pouvoir entendre ce que l’autre souhaite, tout comme elle nécessite de pouvoir exprimer ce que l’on souhaite soi-même.
Il peut alors être nécessaire de trouver un espace entre deux choses : ne plus se conformer automatiquement aux injonctions de la performance sexuelle masculine, tout en restant attentif·ve à ce que l’autre désire réellement.
Cette construction se fait dans les actes.
Mais elle se fait aussi dans les mots.
Avant, pendant et après.
La déconstruction sexuelle ne se fait pas uniquement dans la tête
Il est possible de comprendre intellectuellement que la performance sexuelle est une construction sociale et malgré tout continuer à ressentir de la pression.
Parce que les représentations ne disparaissent pas simplement parce que nous avons décidé de les remettre en question.
La déconstruction est un processus.
Elle se fait progressivement, à travers les expériences, les rencontres et les échanges.
Elle se fait aussi dans la manière dont nous envisageons notre propre sexualité et dans la manière dont nous accueillons celle de l’autre.
C’est pourquoi cette réflexion ne concerne pas uniquement les hommes.
Elle traverse aujourd’hui les générations et les genres.
Et c’est une évolution que je suis heureuse de constater.
Une sexualité moins performante, mais pas moins construite
Sortir de la performance ne signifie pas renoncer à toute attente dans la sexualité.
Cela peut plutôt consister à remettre en question certaines injonctions et à ne plus considérer la sexualité comme une épreuve à réussir.
Une bonne érection, une durée de pénétration ou l’orgasme de l’autre ne peuvent pas, à eux seuls, résumer la qualité d’une sexualité.
Mais cela ne signifie pas non plus que ces éléments ne peuvent avoir aucune importance pour certaines personnes.
L’enjeu est peut-être justement de sortir des généralités.
De ne plus chercher à savoir ce qu’un homme devrait être ou ce qu’une femme devrait aimer.
Et de commencer à se demander ce que ces deux personnes-là ont envie de vivre ensemble.
La déconstruction se fait dans les actes, et dans les mots, avant et après.
Pour aller plus loin sur la sexualité masculine
Pour prolonger cette réflexion sur la sexualité masculine, je vous invite à écouter mon podcast Parlons Cul-ture, avec l’épisode d’été « B.D d’été #2 : Ping Pong Party », consacré à la bande dessinée Pénis de table de Cookie Kalkair.
Je vous invite également à découvrir le livre de Florian Vörös, Désirer comme un homme, qui prolonge la réflexion autour du désir et des représentations de la masculinité
les questions fréquentes sur la performance sexuelle masculine
Qu’est-ce que la performance sexuelle masculine ?
La performance sexuelle masculine renvoie notamment aux attentes associées à l’idée d’une sexualité masculine réussie : avoir une bonne érection, maintenir une pénétration suffisamment longue ou encore donner un orgasme à sa partenaire.
Faut-il avoir une érection pour avoir une sexualité réussie ?
Une érection peut faire partie de la sexualité de certaines personnes, mais elle ne suffit pas à définir à elle seule la qualité ou la réussite d’une sexualité. Les attentes varient d’une personne à l’autre.
Est-ce que toutes les femmes attendent la même chose d’un rapport sexuel ?
Non. Il n’existe pas une attente féminine universelle. Chaque personne peut avoir ses propres envies, attentes et représentations de la sexualité.
Comment sortir de la performance sexuelle ?
La déconstruction de la performance sexuelle commence par une remise en question des attentes apprises autour de la masculinité et de la sexualité. Elle se poursuit ensuite dans les expériences et dans les échanges avec l’autre.
Comment avoir une sexualité sans pression de performance ?
Il peut être utile de questionner les représentations de ce qu’un homme « devrait » faire sexuellement et de parler avec son ou sa partenaire de ce que chacun·e souhaite réellement vivre. La sexualité se construit avec l’autre, dans les actes comme dans les mots.