Sport après l’accouchement : faut-il vraiment retrouver son corps d’avant ?
Après un accouchement, il semblerait qu’il y ait un calendrier à respecter.
Reprendre le travail. Dormir quand le bébé dort. Retrouver son poids. Reprendre le sport. Porter à nouveau ses vêtements d’avant.
Et, quelque part dans cette liste, retrouver aussi une sexualité.
Mais qui a décidé qu’il fallait aller aussi vite ?
C’est la question que j’ai eu envie de poser dans ce nouvel épisode de Nuances croisées, avec Thyfanny, éducatrice et coach sportive, créatrice de Bulle’mouV.
Son projet est né d’une expérience très concrète : comment continuer à bouger lorsqu’on vient d’avoir un bébé, sans devoir choisir entre prendre soin de soi et s’occuper de son enfant ?
Notre conversation a rapidement dépassé la question du sport après l’accouchement. Nous avons parlé du corps qui change, du périnée, du plaisir, de la sexualité, de la culpabilité et de cette pression permanente qui pousse parfois les femmes à vouloir « redevenir comme avant ».
Et si le post-partum était plutôt une période pendant laquelle on pouvait apprendre à habiter son corps autrement ?
Reprendre le sport après l’accouchement : pourquoi ?
Avant de demander quand reprendre le sport après un accouchement, j’aurais presque envie de poser une autre question : pourquoi souhaitez-vous reprendre ?
La réponse peut être très différente d’une personne à l’autre.
Certaines auront envie de retrouver la course à pied ou une activité qu’elles aiment. D’autres chercheront simplement à bouger davantage, à sortir de chez elles ou à retrouver des sensations corporelles agréables.
Le besoin peut aussi être très simple : avoir une heure pour soi.
C’est justement ce qui m’a intéressée dans l’approche de Thyfanny. Son objectif n’est pas de promettre un « corps d’avant » ou une perte de poids rapide. Le mouvement peut être une manière de prendre soin de sa santé, de retrouver de la mobilité, de reprendre confiance et, tout simplement, de se faire du bien.
Cela paraît évident.
Pourtant, dans une société qui parle beaucoup du « corps après grossesse », il est facile de transformer le sport en outil de réparation. Comme s’il fallait corriger le ventre, effacer les kilos ou faire disparaître les traces de la grossesse.
Or, un corps qui vient de vivre une grossesse et un accouchement n’est pas un corps qui a échoué. C’est un corps qui a traversé quelque chose.
Sport et post-partum : chacun son rythme
Thyfanny insiste sur un point essentiel : chaque post-partum est différent.
Une première grossesse ne ressemble pas forcément à une deuxième. Un accouchement ne se vit jamais exactement de la même manière. La fatigue, les douleurs, le sommeil, l’état du périnée ou encore les conditions de l’accouchement peuvent modifier complètement la manière dont on se sent quelques semaines plus tard.
Il n’existe donc pas un moment magique où toutes les femmes seraient soudainement prêtes à reprendre leur activité physique comme avant.
La reprise doit être progressive et adaptée à la situation. Après une césarienne, notamment, la récupération peut demander une attention particulière. Le suivi postnatal permet d’évaluer les besoins et de déterminer avec les professionnel·les de santé ce qui est approprié.
Mais il y a aussi une autre réalité, beaucoup moins médicale.
Parfois, six semaines après l’accouchement, on peut avoir envie de reprendre le sport.
Parfois, la seule perspective de sortir de chez soi avec un bébé semble déjà énorme.
Les deux situations sont normales.
Le post-partum n’est pas une compétition.
Bouger avec son bébé, sans devoir s’en excuser
C’est précisément à partir de cette réalité que Thyfanny a créé Bulle’mouV.
Maman de trois enfants, elle avait connu, avec ses premiers enfants, un lieu où elle pouvait pratiquer une activité physique tout en ayant son enfant à proximité. Cette organisation lui permettait de prendre du temps pour elle sans ressentir cette culpabilité que beaucoup de jeunes parents connaissent.
Après la naissance de son dernier enfant à Genève, elle a voulu retrouver cette possibilité.
Mais un bébé n’était pas accepté dans les espaces de fitness qu’elle fréquentait. Les solutions de garde autour d’elle commençaient parfois beaucoup plus tard.
Alors elle a créé l’espace qu’elle aurait aimé trouver.
Chez Bulle’mouV, les bébés et les enfants peuvent accompagner leur parent. Un bébé peut pleurer pendant la séance. Une mère peut allaiter ou faire une pause. Il n’est pas nécessaire que tout soit parfaitement calme pour que l’activité puisse continuer.
Et cette idée me paraît importante bien au-delà du sport.
Les parents ne devraient pas avoir à s’excuser en permanence de la présence de leur enfant.
Créer des lieux où un bébé peut simplement être un bébé, c’est aussi permettre aux adultes de conserver une place pour eux-mêmes.
Le périnée après l’accouchement : écouter plutôt que réparer
Le périnée occupe naturellement une place importante dans cette réflexion.
Dans ses séances, Thyfanny travaille notamment la respiration, la coordination entre le diaphragme et le périnée, les muscles profonds, la posture et la mobilité. Les exercices sont ensuite adaptés aux personnes présentes.
Cette approche rappelle quelque chose d’essentiel : reprendre une activité physique ne signifie pas reprendre exactement là où l’on s’était arrêtée.
Le corps peut avoir besoin d’une transition.
La rééducation du périnée et des abdominaux peut être proposée lorsque cela est indiqué dans le suivi postnatal. Elle ne doit pas être vécue comme une punition ou comme la réparation d’un corps « abîmé ».
L’objectif est plutôt de comprendre comment il fonctionne aujourd’hui et de retrouver progressivement de la confiance dans ses sensations.
C’est une nuance importante.
On ne cherche pas forcément à revenir en arrière. On peut aussi apprendre à avancer avec ce nouveau corps.
Et la sexualité après l’accouchement ?
Évidemment, en tant que sexologue, je ne pouvais pas parler de post-partum sans évoquer la sexualité.
Là encore, les injonctions ne manquent pas.
Il faudrait retrouver du désir. Reprendre les rapports. Être disponible pour son ou sa partenaire. Ne pas laisser la grossesse et le bébé prendre trop de place dans le couple.
Mais la réalité est beaucoup plus nuancée.
Certaines personnes retrouvent rapidement l’envie de sexualité. D’autres ont besoin de plusieurs semaines ou de plusieurs mois. La pénétration peut ne pas être souhaitée, notamment en présence de douleurs, de fatigue ou simplement parce que l’envie n’est pas là.
Et la sexualité ne se résume évidemment pas à la pénétration.
Après un accouchement, on peut avoir envie de proximité, de tendresse, de caresses ou simplement de retrouver une intimité avec son ou sa partenaire. On peut aussi ne rien vouloir du tout pendant un temps.
Ce n’est pas forcément un problème à résoudre.
La sexualité n’est pas une case à cocher dans le calendrier du post-partum.
Si une douleur persiste, si les rapports deviennent difficiles ou si la situation provoque une souffrance, il est évidemment possible de demander un accompagnement. Mais retrouver une sexualité n’a pas besoin de devenir une nouvelle performance.
Podcast #6 : Post Partum Badabum
Pour aller plus loin vous pouvez écouter mon podcast dédié au Post partum
Une année pour souffler ?
Pendant notre échange, une idée revient : se laisser du temps.
Lorsque je parle parfois d’une année après l’accouchement, je ne parle pas d’une règle médicale. Il ne s’agit pas de dire qu’il faudrait attendre douze mois avant de faire du sport ou d’avoir une sexualité.
J’y vois plutôt une manière de desserrer la pression.
Une année pour découvrir ce nouveau quotidien. Pour récupérer. Pour observer les sensations qui reviennent. Pour retrouver progressivement des activités qui font du bien. Pour comprendre ce dont on a envie et, surtout, ce dont on n’a pas envie.
Nous vivons dans une société qui valorise beaucoup la rapidité. On reprend vite le travail, on cherche à perdre rapidement les kilos de grossesse et on attend parfois que la sexualité revienne presque aussi rapidement.
Le corps, lui, ne suit pas toujours ce calendrier.
Alors peut-être que la question n’est pas : « Quand vais-je redevenir comme avant ? » Mais plutôt : « De quoi ai-je besoin aujourd’hui ? »
Prendre soin de soi sans laisser son bébé derrière soi
C’est finalement ce que raconte aussi le projet de Bulle’mouV.
Prendre soin de soi ne signifie pas nécessairement s’éloigner de son enfant. Pour certaines personnes, le fait de pouvoir venir avec son bébé rend simplement cette démarche possible.
Les activités et les ateliers proposés permettent également de retrouver du lien avec d’autres parents. Car le post-partum peut être une période étonnamment solitaire.
On peut être entouré·e et pourtant avoir le sentiment de vivre une expérience très isolante.
Partager un moment avec d’autres personnes qui connaissent les nuits difficiles, les pleurs imprévus, les doutes ou la fatigue peut alors avoir une vraie valeur.
J’ai particulièrement aimé une anecdote racontée par Thyfanny : lors d’un atelier, un père pouvait continuer à participer aux échanges tandis que sa compagne s’occupait du bébé. L’enfant pouvait pleurer sans que tout le groupe s’interrompe.
Cela peut sembler anodin.
Pourtant, lorsque l’on a l’impression de déranger dès que son bébé fait du bruit, pouvoir simplement rester à sa place est précieux.
Et si nous arrêtions de vouloir « retrouver » le corps d’avant ?
C’est probablement la question que je garde de cette conversation.
Pourquoi faudrait-il absolument retrouver le corps d’avant ? Et pourquoi faudrait-il, au passage, redevenir la personne que l’on était avant d’avoir un enfant ?
Une grossesse et un accouchement transforment le corps. L’arrivée d’un bébé bouleverse aussi le quotidien, le sommeil, les relations, les priorités et parfois la manière dont on vit son intimité.
Certaines personnes auront envie de retrouver une activité sportive qu’elles pratiquaient auparavant. D’autres découvriront de nouvelles façons de bouger. La même chose peut se produire dans la sexualité : les envies peuvent revenir, changer ou prendre une autre forme.
Il ne s’agit donc pas de renoncer à ce qui nous faisait du bien avant.
La nuance se trouve peut-être dans l’intention.
Faire du sport parce qu’on aime courir n’a pas la même signification que s’entraîner pour effacer les traces d’une grossesse. Reprendre une sexualité parce qu’on en a envie est très différent de se forcer à avoir des rapports pour répondre à une attente.
Peut-être que le véritable objectif n’est pas de retrouver l’ancienne version de soi, mais de faire connaissance avec celle que l’on est devenue.
Et ça, à mes yeux, mérite déjà beaucoup plus de douceur.
Vous êtes un particulier et ce sujet résonne avec votre histoire ou vos questionnements ?
N’hésitez pas à prendre rendez-vous pour une consultation individuelle et trouver un espace pour parler en toute sécurité.
FAQ : vie affective et sexuelle en institution
Quand peut-on reprendre le sport après un accouchement ?
La reprise dépend de l’accouchement, de la récupération et de l’état de santé. Elle doit être progressive et adaptée. Le suivi médical ou avec une sage-femme permet de déterminer les conditions appropriées à chaque situation.
Peut-on faire du sport avec son bébé ?
Oui. Certains espaces permettent aux parents de pratiquer une activité physique avec leur bébé ou leurs enfants à proximité. Cette organisation peut faciliter la reprise du sport lorsqu’une solution de garde n’est pas disponible.
Peut-on reprendre le sport après une césarienne ?
Une césarienne n’empêche pas nécessairement de reprendre une activité physique. La récupération et la cicatrisation doivent toutefois être prises en compte. Le moment de reprise varie selon les personnes et mérite d’être discuté avec les professionnel·les qui assurent le suivi.
Quand reprendre les rapports sexuels après un accouchement ?
Il n’existe pas de délai universel imposant la reprise d’une sexualité. L’envie, le confort physique, les éventuelles douleurs et le contexte relationnel comptent. La sexualité peut également prendre d’autres formes que la pénétration.
Est-il normal de ne pas avoir envie de sexe après un accouchement ?
Oui. La fatigue, les bouleversements hormonaux, le manque de sommeil, les changements corporels et la nouvelle organisation familiale peuvent influencer le désir. Si cette absence d’envie vous fait souffrir ou entraîne des difficultés dans votre couple, un accompagnement peut être utile.