Nuances croisées - Episode 3
Avec Nathalie Nahum
On parle souvent de désir, d’attirance, de compatibilité… mais rarement de ce qui se joue en dessous, de manière invisible.
Et pourtant, notre corps communique en permanence. Il envoie, il reçoit, il réagit à des messages chimiques dont on n’a pas toujours conscience.
Les hormones, les phéromones, les odeurs… tout cela participe, d’une manière ou d’une autre, à notre sexualité et à notre rapport à l’autre..
Dans cet épisode, j’ai eu envie de croiser mon regard de sexologue clinicienne avec celui de Nathalie Nahoum, scientifique. L’objectif n’est pas de simplifier à outrance, ni de donner des réponses toutes faites, mais plutôt de comprendre ce que la science dit aujourd’hui… et ce qu’elle ne peut pas encore affirmer.
Parce qu’entre idées reçues, fantasmes et données scientifiques, il y a souvent un écart.
Et c’est précisément dans cet espace que la réflexion devient intéressante.
Norah Lounas : sexologue clinicienne et créatrice du podcast
Sexologue clinicienne basée à Genève, j’accompagne depuis plusieurs années des personnes et des couples autour des questions de sexualité, d’intimité et de rapport au corps.
Dans ses consultations comme dans mon podcast, j’explore les liens entre sexualité, émotions, éducation et santé corporelle.
Vous êtes un particulier et ce sujet résonne avec votre histoire ou vos questionnements ?
N’hésitez pas à prendre rendez-vous pour une consultation individuelle et trouver un espace pour parler en toute sécurité.
Qui est Nathalie Nahoum ?
Nathalie a un parcours riche, entre biologie, chimie et physique, avec un doctorat en chimie physique. Aujourd’hui, elle enseigne la physique, et surtout, elle garde une exigence que j’apprécie particulièrement : celle de rester au plus près des données scientifiques, tout en reconnaissant ce que l’on sait… et ce que l’on ne sait pas encore.
C’est exactement ce dont on avait besoin pour parler des messages chimiques.
Les messages chimiques : de quoi parle-t-on vraiment ?
Avant d’aller plus loin, j’ai demandé à Nathalie de poser les bases.
Les messages chimiques, ce sont des signaux que le corps reçoit. Des informations, en quelque sorte, qui vont déclencher des réactions. Parfois visibles, parfois complètement inconscientes.
On peut les classer en deux grandes catégories.
D’un côté, il y a les messages internes, avec tout ce qui concerne les hormones. Une hormone, c’est une molécule produite par le corps, qui circule pour transmettre une information à un autre organe. Le corps communique avec lui-même.
De l’autre côté, on retrouve les messages externes.
Et là, Nathalie distingue deux choses importantes :
- les phéromones, qui sont envoyées d’un corps à un autre pour transmettre une information
- les odeurs, qui fonctionnent aussi entre les corps… mais pas uniquement
Parce que oui, ça nous arrive aussi de sentir notre propre odeur. Pas toujours agréable, mais ça fait partie du fonctionnement.
Autrement dit, notre corps est en permanence traversé par ces messages chimiques, qu’ils soient internes ou externes.
Quel lien entre sexualité et messages chimiques ?
C’est une question que je lui ai posée très directement.
Et sa réponse est assez claire : la sexualité passe, à différents niveaux, par des messages chimiques.
Le désir sexuel, par exemple, est notamment influencé par la testostérone. Mais au-delà de ça, tout ce qui concerne l’attirance, la séduction, certaines réactions corporelles… tout cela est aussi lié à ces signaux.
Ce que j’entends dans ce qu’elle dit, c’est que le corps est là, en toile de fond. Il participe, il influence… sans tout décider.
Les phéromones : un sujet fascinant… et très controversé
Avant d’enregistrer, on avait déjà commencé à en parler toutes les deux. Et je me suis rendue compte à quel point j’avais moi-même des idées reçues.
Les phéromones, ça fait rêver. L’idée qu’on pourrait attirer quelqu’un “chimiquement”, presque malgré soi.
Mais dans les faits, c’est beaucoup plus complexe.
Chez les animaux, les choses sont claires. Les phéromones déclenchent des comportements précis, souvent liés à la reproduction.
Chez nous, humains, c’est différent.
Parce que nos réactions ne sont pas seulement biologiques. Elles sont aussi influencées par notre éducation, notre culture, nos codes sociaux.
Résultat : les phéromones humaines existent probablement, mais leurs effets sont beaucoup plus difficiles à mesurer et à interpréter.
Et l’odeur dans tout ça ?
C’est là que ça devient intéressant.
Parce que s’il y a bien un élément qui revient souvent, c’est l’importance de l’odeur dans l’attirance.
Je pense qu’on a presque tou·tes déjà vécu ça :
quelqu’un qui “sent bon”… ou au contraire, une odeur qui bloque complètement.
D’un point de vue scientifique, certaines études suggèrent que cela pourrait être lié à une forme de compatibilité biologique, notamment au niveau du système immunitaire.
Comme si, sans le savoir, notre corps “sentait” ce qui lui correspond… ou pas.
Une anecdote qui questionne
Je vais vous partager une étude qui m’a vraiment marquée, même si elle reste très discutée.
Elle a été menée auprès de danseuses pratiquant le lap dance. L’objectif était d’observer si le cycle menstruel pouvait influencer les pourboires.
Les résultats montrent que :
- les danseuses gagnaient en moyenne plus pendant leur ovulation
- et nettement moins pendant leurs règles
Évidemment, il y a énormément de biais dans cette étude. Rien n’est aussi simple.
Mais ça pose une vraie question :
Est-ce que certains signaux liés à la fertilité peuvent être perçus, même inconsciemment ?
Quelques idées reçues à déconstruire
En discutant avec Nathalie, plusieurs croyances sont revenues.
Les parfums aux phéromones, par exemple, sont souvent présentés comme des outils d’attraction. En réalité, ils sont parfois fabriqués à partir de phéromones animales… donc sans preuve d’efficacité chez l’humain.
On a aussi parlé de la synchronisation des cycles menstruels. C’est quelque chose que beaucoup de femmes observent, notamment dans des environnements partagés. Mais scientifiquement, c’est encore difficile à valider de manière claire.
Enfin, la testostérone est souvent utilisée pour expliquer certains comportements, notamment chez les enfants. Là encore, les données ne vont pas dans ce sens : les variations hormonales ne correspondent pas à ces âges-là.
La testostérone, ce n’est pas qu’une “hormone masculine”
C’est un point important.
La testostérone est présente chez tout le monde, y compris chez les femmes.
Elle joue un rôle dans le désir sexuel, mais aussi dans l’humeur, l’énergie, le fonctionnement global du corps.
Ce que j’entends dans les explications de Nathalie, c’est que ce n’est jamais une seule hormone qui explique quelque chose. C’est toujours un équilibre.
Ce que je retiens de cet échange
Ce que je trouve important, c’est de remettre de la nuance.
Oui, il existe des messages chimiques.
Oui, ils influencent notre sexualité et notre attirance.
Mais non, ils ne suffisent pas à expliquer ce que nous vivons.
Notre corps envoie des signaux.
Notre histoire, notre vécu, notre environnement viennent les rencontrer.
Et c’est dans cet espace-là que se joue quelque chose de profondément humain.
FAQ
Est-ce que les phéromones humaines existent vraiment ?
Oui, mais leur rôle reste encore difficile à prouver clairement aujourd’hui.
Peut-on attirer quelqu’un grâce aux phéromones ?
Non, pas de manière fiable. L’attirance est toujours multifactorielle.
Pourquoi l’odeur est-elle importante ?
Parce qu’elle pourrait être liée à une forme de compatibilité biologique, mais aussi émotionnelle.
La testostérone influence-t-elle la libido ?
Oui, mais elle n’est qu’un élément parmi d’autres.
Peut-on mesurer les phéromones ?
Pas directement. On mesure plutôt les réactions du corps.
Conclusion
Ce que je trouve important de retenir, c’est que les messages chimiques font partie de notre réalité… mais qu’ils ne racontent jamais toute l’histoire.
Oui, les hormones, les phéromones et les odeurs participent à notre attirance et à notre désir.
Mais ils ne décident pas à notre place.
Ils viennent interagir avec notre vécu, notre histoire, notre manière d’être en lien. Et c’est là que les choses se complexifient… et deviennent aussi plus intéressantes.
Ce que cet échange avec Nathalie me rappelle, c’est l’importance de garder de la nuance. De ne pas chercher des explications uniques à des expériences qui sont, par nature, multiples.
Comprendre le corps, oui.
Mais sans oublier tout ce qui fait que nous sommes des êtres humains : des personnes traversées à la fois par du biologique, du psychique et du relationnel.
Et c’est dans cet équilibre-là que la sexualité prend tout son sens.
Vous êtes professionnel·le de santé, thérapeute ou éducateur·rice ?
Si vous êtes professionnel·le et que vous souhaitez approfondir ces aspects avec vos patient·es, je propose des séances de supervision en sexualité.