Faut-il regarder sa vulve dans un miroir ?
« Est-ce que vous recommandez aux femmes de regarder leur sexe dans un miroir ? »
D’emblée, non, ce n’est pas une chose que je recommande systématiquement.
Des patientes me disent parfois qu’un·e professionnel·le leur a conseillé de le faire. Pourtant, ce qui m’intéresse davantage, c’est de savoir si elles en ont envie et surtout pourquoi elles souhaitent regarder leur sexe.
Car un miroir peut être un outil de connaissance.
Mais il peut aussi devenir un nouvel outil de comparaison.
Et entre les deux, la différence mérite que l’on s’y intéresse.
Pourquoi regarder sa vulve dans un miroir ?
Si vous avez le sentiment de mal connaître vos organes génitaux, regarder votre vulve peut effectivement vous aider à mieux comprendre votre anatomie.
Un miroir permet de mettre une image sur une partie du corps que l’on connaît parfois essentiellement par les sensations.
Pour certaines femmes, cette observation peut permettre de mieux identifier les différentes parties de leur vulve, de mettre des mots sur leur anatomie ou simplement de découvrir à quoi elle ressemble.
Mais il n’existe aucune obligation à le faire.
Vous pouvez avoir envie de connaître votre corps sans nécessairement passer par un miroir.
Vulve ou vagin : de quoi parle-t-on exactement ?
Avant même de regarder son sexe, il peut être intéressant de connaître les mots utilisés pour parler de son anatomie.
Le terme « vulve » désigne les organes génitaux externes féminins. Le vagin, lui, correspond au canal interne.
Cette distinction peut sembler élémentaire, mais les organes génitaux féminins restent parfois moins bien connus que d’autres parties du corps.
Le manque de représentation et les tabous autour de la sexualité peuvent contribuer à cette méconnaissance.
Regarder une planche anatomique peut alors constituer une première manière d’apprendre.
Les planches anatomiques peuvent-elles aider à connaître son corps ?
Oui, si vous avez le sentiment de mal connaître vos organes génitaux, vous pouvez commencer par regarder des planches anatomiques.
Elles sont aujourd’hui suffisamment réalistes pour permettre de mieux comprendre l’anatomie féminine.
Cette étape peut être intéressante lorsque l’on souhaite simplement mettre une image sur ce que l’on connaît déjà par le toucher ou les sensations.
Elle permet également de découvrir certaines parties de l’anatomie sans avoir immédiatement à observer son propre corps.
Il n’existe donc pas un seul chemin pour apprendre à connaître sa vulve.
Et si je regarde ma vulve pour savoir si elle est « normale » ?
C’est là que je serais plus prudente.
– Pourquoi voulez-vous regarder votre vulve ?
– Pour mieux connaître votre corps ?
– Mettre une image sur vos sensations ?
– Pour comprendre votre anatomie ?
Dans ce cas, pourquoi pas.
Mais si l’objectif est de vérifier que vous êtes « normale », la situation est différente.
Vous pourriez alors commencer à comparer la taille de vos lèvres, leur symétrie ou leur couleur.
Le miroir, qui devait être un outil de connaissance, risque alors de devenir une fabrique à complexes.
Existe-t-il une vulve « normale » ?
La comparaison peut être particulièrement trompeuse lorsqu’il s’agit des organes génitaux.
Nous pouvons avoir une représentation assez limitée de ce à quoi une vulve est censée ressembler. Certaines femmes peuvent alors découvrir leur propre anatomie avec l’idée qu’elles devraient correspondre à un modèle.
Or, si regarder son corps devient une manière de chercher ce qui serait « normal », le regard change.
On ne cherche plus seulement à découvrir.
On cherche à vérifier.
Et cette vérification peut conduire à se demander si les lèvres sont trop grandes, trop petites, trop longues, trop asymétriques ou d’une couleur différente de celle imaginée.
Le risque est alors de transformer la connaissance du corps en source de préoccupation.
Pourquoi certaines femmes ont-elles du mal à regarder leur sexe ?
Certaines femmes ont une véritable difficulté à regarder leur sexe.
Le rapport aux organes génitaux ne se construit pas de la même manière pour tout le monde. La vulve peut être une partie du corps peu regardée, peu représentée et entourée de nombreux tabous.
À l’inverse, le sexe masculin est davantage visible et touché.
Cette différence de visibilité participe aussi à la manière dont chacun·e peut connaître son propre corps.
Pour certaines femmes, prendre un miroir et observer leur vulve peut donc être une expérience inhabituelle.
Et il n’est pas nécessaire de se forcer.
Comment connaître sa vulve sans utiliser de miroir ?
Il existe bien d’autres manières de découvrir son corps.
Pour les femmes qui ont du mal à regarder leur sexe, je propose parfois d’autres chemins :
- dessiner leur vulve telle qu’elles se la représentent ;
- observer des planches anatomiques ;
- apprendre par le toucher.
Le dessin peut notamment permettre de commencer à réfléchir à son anatomie sans avoir à regarder directement son propre corps.
Les planches anatomiques permettent ensuite de comparer ce que l’on imagine avec ce que l’on apprend.
Le toucher constitue enfin une autre manière de connaître son corps, par les sensations plutôt que par le regard.
Aucune de ces approches n’est meilleure qu’une autre.
L’essentiel est de trouver celle qui convient à la personne.
Regarder sa vulve peut-il être une manière de mieux connaître son corps ?
Oui, si c’est une démarche qui vous appartient.
Vous pouvez avoir envie de découvrir votre anatomie, de mieux comprendre vos sensations ou simplement de savoir à quoi ressemble votre vulve.
Dans ce contexte, le miroir peut devenir un outil intéressant.
Mais cette observation n’a pas besoin d’être une étape obligatoire de la connaissance du corps.
Connaître son anatomie peut passer par le regard, mais aussi par l’apprentissage, le dessin, les planches anatomiques ou le toucher.
Il n’y a pas une seule bonne manière de faire.
Le miroir peut-il devenir une nouvelle injonction ?
C’est précisément ce que je souhaite éviter.
Dans les années 1970, les mouvements féministes de self-help, ainsi que la sexologue Betty Dodson, encourageaient les femmes à observer leur vulve avec un miroir.
À cette époque, le geste avait une dimension de connaissance et d’émancipation.
Regarder son sexe permettait notamment de mieux connaître un corps qui avait longtemps été entouré de tabous.
Cinquante ans plus tard, cette idée peut toujours être intéressante.
Mais gardons l’émancipation sans en faire une nouvelle injonction.
« Vous devez regarder votre vulve » n’est pas plus libérateur
Il y a une différence importante entre dire :
« Vous pouvez regarder votre vulve si vous en avez envie » et « Vous devriez regarder votre vulve. »
Dans le premier cas, le choix appartient à la personne.
Dans le second, une nouvelle norme risque de s’installer.
Une femme qui ne souhaite pas regarder son sexe n’a pas besoin d’être convaincue qu’elle passe à côté de quelque chose.
De la même manière, une femme qui souhaite le regarder n’a pas besoin de le faire pour répondre à une norme.
La démarche peut simplement partir d’une question très simple : Est-ce que j’en ai envie ?
Votre vulve vous appartient
La connaissance du corps peut être une expérience d’émancipation.
Mais l’émancipation ne devrait pas devenir une nouvelle obligation.
Si vous avez envie de regarder votre vulve, un miroir peut vous y aider.
Si vous préférez commencer par une planche anatomique, un dessin ou le toucher, c’est tout aussi valable.
Vous pouvez également ne pas avoir envie de la regarder du tout.
C’est possible aussi.
L’important est de pouvoir choisir la manière dont vous souhaitez connaître votre corps, sans transformer cette découverte en comparaison ou en recherche de conformité.
Cinquante ans plus tard, gardons l’émancipation, sans en faire une nouvelle injonction : votre vulve vous appartient.
Pour aller plus loin sur le corps féminin
Pour prolonger cette réflexion autour de l’anatomie et du corps féminin, je vous invite à écouter deux de mes podcasts.
Le Parlons Cul-ture Podcast #11, « L’anatomie féminine… mais pas qu’elle », revient sur cette question du corps féminin.
Vous pouvez également découvrir BD d’été #8, consacré à l’album graphique de Maria Hesse, Le plaisir, publié aux éditions françaises Presque Lune.
FAQ
Est-ce qu’il faut regarder sa vulve dans un miroir ?
Non, ce n’est pas une obligation. Un miroir peut être utile si vous avez envie de découvrir votre anatomie, mais il existe d’autres façons de connaître son corps.
Est-ce normal de ne jamais avoir regardé sa vulve ?
Oui. Certaines femmes ont du mal à regarder leurs organes génitaux ou n’en ont tout simplement jamais ressenti le besoin. Il existe différentes façons de connaître son corps.
Comment apprendre à connaître sa vulve ?
Vous pouvez utiliser un miroir, consulter des planches anatomiques, dessiner votre vulve telle que vous vous la représentez ou apprendre par le toucher. Il n’existe pas une seule manière de découvrir son anatomie.
Quelle est la différence entre la vulve et le vagin ?
La vulve désigne les organes génitaux externes féminins. Le vagin correspond au canal interne. Connaître cette distinction peut aider à mieux comprendre son anatomie.
Comment savoir si ma vulve est normale ?
La recherche de la « normalité » peut transformer l’observation du corps en comparaison et devenir une source de complexes. Il peut être plus intéressant d’utiliser l’observation pour apprendre à connaître son anatomie plutôt que pour vérifier si elle correspond à un modèle.